Un plan de prospérité : la contribution des femmes doit être valorisée

Pamela Jeffery est la fondatrice de The Prosperity Project

Nous avons une occasion unique de tracer la voie vers la prospérité pour tous les Canadiens. C’est la raison pour laquelle 62 femmes leaders de partout au Canada se sont réunies en avril, à titre de bénévoles, pour créer un nouvel OSBL national appelé Le Projet Prospérité.

Nous avons commencé à travailler sur une gamme d’initiatives clés pour aider à atténuer l’impact de la COVID-19 sur les Canadiennes, lesquelles sont touchées de manière disproportionnée.

Nous avons anticipé la triple menace : les pertes d’emplois, le fardeau accru de l’enseignement à domicile/de la garde d’enfants/des soins aux personnes âgées et la violence domestique. Nous investissons dans la recherche sur les divers moteurs de prospérité et nous élaborons des programmes pour maintenir la participation fructueuse des femmes à l’économie. À l’heure actuelle, le financement provient uniquement de nos membres. Ironiquement, notre gouvernement n’a pas encore répondu à l’appel que nous avons lancé.

Cinq mois après le début de la pandémie, les signaux d’alerte sont nombreux quant à la participation des femmes en milieu de travail, alors que les progrès accomplis vers l’égalité des sexes au cours des 60 dernières années risquent de s’évanouir. Selon une nouvelle étude de la Banque Royale du Canada, la participation des femmes au marché du travail est à son niveau le plus bas des trois dernières décennies. À mesure que l’économie reprend, les femmes retournent au travail moins rapidement que les hommes et sont plus susceptibles de disparaître du marché du travail au fil du temps.

Mais, si nous agissons dès maintenant, nous pouvons contribuer à l’accélération de la reprise économique. Une étude de 2017 a révélé que la promotion de l’égalité des femmes au Canada pourrait potentiellement ajouter 150 milliards de dollars à la croissance du PIB d’ici 2026.

L’égalité des sexes et la voie de la prospérité sont en grande partie tributaires de la résolution des problèmes affrontés par une grande majorité de femmes. Les besoins distincts de toutes les femmes, dont ceux des femmes des Premières nations, des Inuites et des Métisses ainsi que des femmes noires et racisées, doivent être reconnus. Si les problèmes auxquels sont confrontées les femmes marginalisées étaient graves avant la COVID-19, ils sont désormais insupportables.

Pour aider à atténuer cette tendance précaire, nous demandons à nos gouvernements fédéral et provinciaux d’adopter un leadership audacieux d’envergure.

  • Rouvrir les écoles pour les enfants dans la mesure du possible

Nous félicitons les gouvernements provinciaux d’avoir annoncé la réouverture des écoles. Tout porte à croire que les avantages l’emportent sur les énormes coûts engagés en rendant l’école inaccessible aux enfants. Tant que les écoles primaires restent fermées, davantage de femmes seront incapables de retourner au travail, les niveaux d’anxiété s’aggraveront considérablement si nous devons rester confinés, et il y a une forte probabilité que les effets à long terme sur les enfants d’une éducation et d’une interaction sociale déficitaires iront en s’intensifiant. Bien que la sécurité soit un impératif, des études révèlent des taux de transmission très faibles dans les pays où les écoles ont rouvert leurs portes.

  • Mettre sur pied un programme national de garde d’enfants abordable

Contrairement à la plupart des pays industrialisés avancés, le Canada n’a pas de programme national de garde d’enfants. On peut tirer des leçons du Québec, où une politique familiale adoptée en 1997 a permis une montée de la main-d’œuvre féminine québécoise à 81 % en 2016, contre 75 % en Ontario. Encore une fois, les avantages pour les femmes et les familles l’emporteront largement sur les coûts.

  • Réglementer la protection des travailleurs de première ligne

Selon les commissions provinciales des accidents du travail, plus de 13 000 travailleurs de la santé ont présenté des demandes de prestations pour lésions professionnelles liées à la COVID19. En Ontario, au 3 juillet, les femmes représentaient 71 % de l’ensemble des demandes de prestations liées à la COVID-19 et 85 % des demandes de prestations du secteur de la santé. Ces données mettent en lumière l’incapacité des gouvernements à valoriser et à protéger les employés de première ligne du secteur de la santé, en particulier les femmes racisées et les nouvelles arrivantes qui se démènent dans des emplois de première ligne, souvent au salaire minimum.

Il est impératif que les gouvernements s’attaquent aux grands enjeux sociaux, mais il n’en demeure pas moins que les entreprises canadiennes doivent contribuer en prenant des mesures délibérées pour assurer une plus grande inclusion.

  • Fixer des objectifs en matière de représentation féminine

Nous en appelons aux employeurs de se fixer un objectif afin d’atteindre le niveau de représentation féminine pré-COVID-19 à l’échelle de la main-d’œuvre et à inclure cet objectif dans les évaluations de la performance de la direction. Évaluer et récompenser les chefs de la direction et les équipes de gestion en fonction de cet objectif mettra fin aux politiques et pratiques de ressources humaines qui minimisent les préjugés sexistes et aidera à maintenir des gains durement acquis en matière de diversité des sexes. Les objectifs mesurés sont respectés.

  • Les entreprises doivent appliquer une perspective sexospécifique aux plans de retour sur le lieu de travail

Déjà proactifs sur le plan des besoins personnels de leurs employés, les employeurs de choix l’ont été encore davantage pendant la pandémie. Plus que jamais, les modalités de travail flexibles doivent être reconsidérées et mises à jour. Rien ne justifie que plus de places en garderie ne puissent être créées sur les lieux de travail ; la preuve est faite que cela contribue à maintenir les femmes sur le marché du travail. On ne peut pas laisser les préjugés sexistes s’insinuer dans les conversations portant sur qui est invité à retourner sur les lieux de travail par rapport à qui doit continuer à télétravailler. Si la représentation des femmes au siège social des entreprises diminue précipitamment, il est plus probable que les décisions touchant les employés de première ligne soient sexistes.

  • Approfondir et élargir le bassin de talents grâce au perfectionnement des compétences

Les chefs d’entreprise croient depuis longtemps que le mérite et la diversité s’excluent mutuellement. Il n’est donc pas surprenant que les Canadiens noirs et racisés soient moins portés à croire que les employés sont traités équitablement sur le plan du rendement, des promotions et de la rémunération, quelle que soit leur origine raciale. Puisque les 2/3 de la croissance de notre population sont attribuables aux immigrants, la diversité raciale croissante signifie que la « minorité » (actuellement, environ 22 % des Canadiens s’identifient comme des minorités racisées) deviendra la majorité au Canada dans 20 ans. Les organisations qui se concentrent sur ce bassin de talents en expansion constitueront la main-d’œuvre de l’avenir.

Quand les femmes réussissent, tous prospèrent. Grâce à nos programmes, recherches et activités de plaidoyer, Le Projet Prospérité continuera d’informer et d’encourager nos gouvernements et les entreprises canadiennes à combler ces lacunes évidentes. Ne pas agir dès maintenant aura des conséquences dévastatrices et irréparables sur l’avenir économique du Canada.

Original Article: The Globe And Mail