J'ai peur. Je suis incertaine. Je suis paralysée par l'inquiétude. Et en ce qui concerne les mères qui travaillent, je suis l’une des plus chanceuses.

Betsy Hilton, corporate communications and client strategy lead with Enterprise Canada, says she was one of the lucky ones in the pandemic. She continued to work full-time from home while her husband took leave to home-school and manage their young kids.

Comme mère au travail durant cette pandémie, je vis le meilleur scénario qui soit, car je n’ai pas eu à quitter mon emploi, ni à me résoudre à passer à un horaire à temps partiel. Du moins, pas encore.

À ce jour, je suis l’incarnation même de ce que promeut le Projet Prospérité un nouvel organisme à but non lucratif qui vise à atténuer les effets de la COVID-19 sur les femmes : j’ai un conjoint qui me soutient et qui est un père très engagé, une carrière flexible qui s’adapte facilement au télétravail et un employeur compréhensif et accommodant pour qui la famille passe avant tout.

Quelques semaines après le début de la pandémie, mon mari et moi avons discuté des options dont nous disposions pour prendre soin des enfants. Il a proposé la seule option qui, d’un commun accord, s’imposait : il prendrait un congé pour faire l’école à la maison et s’occuper de nos jeunes enfants et je continuerais de télétravailler à temps plein jusqu’à ce que des solutions raisonnables sur le plan des soins des enfants soient disponibles.

La décision était loin d’être facile. Cela signifiait qu’il fallait renoncer à la moitié de nos revenus et faire de gros sacrifices, notamment en ce qui concerne sa sécurité d’emploi qui est en jeu à long terme. Je ne connais qu’un seul autre père qui a choisi cette voie. Partout au Canada, les histoires et statistiques à ce sujet dénotent que notre choix est rare. Les mères abandonnent plus fréquemment le marché du travail lorsque les services de garde d’enfants ne sont pas disponibles, et durant la COVID-19, la participation des femmes au marché du travail a chuté à son plus bas niveau en trois décennies.

Nous en sommes donc là. Quelques semaines avant la rentrée et l’on ne sait toujours pas ce qui nous attend — pas seulement à ma commission scolaire, mais partout ailleurs. Après six mois de congé parental, mon mari reprendra le travail et les enfants retourneront à l’école. C’est une décision pratique qui ramènera notre ménage à ses deux revenus autour duquel celui-ci a été conçu. Je suis profondément consciente du privilège que nous avons eu de pouvoir prendre une telle décision, plutôt que d’affronter une dure réalité.

Par contre, il n’y a toujours pas de solution officielle en ce qui concerne les services de garde après l’école. Nous sommes sur une liste d’attente et, entre-temps, nous devons recourir à un service de garde à domicile plus coûteux.

Mais nous n’avons aucun plan officiel pour parer au chaos inévitable qui découlerait si la maladie venait à frapper des étudiants, des enseignants ou des administrateurs. Nous n’avons aucun plan pour la deuxième vague, si souvent mentionnée, qui nous guette.

Bien que nous ayons la chance d’avoir les grands-parents de nos enfants tout près, leur situation démographique à haut risque nous empêche de pouvoir compter sur leur bienveillance comme nous l’aurions fait auparavant.

Qu’adviendra-t-il de mon horaire de travail lorsque mon fils se réveillera en toussant pendant la saison du rhume et de la grippe ? Si l’école ferme pour deux semaines, deux mois, le reste du trimestre, comment pourrai-je remplir mes obligations professionnelles ? Ma famille est ma priorité. Mais mettre du pain sur la table et avoir un toit est une partie essentielle de l’équation.

J’ai peur. Je vis dans l’incertitude. J’essaie de passer ces dernières semaines de l’été sans être paralysée par l’inquiétude. Et je fais partie des chanceuses.

Que faire si vous ne pouvez pas télétravailler ou si vous ne pouvez pas vous permettre de payer des services de garde d’enfants supplémentaires ? Qu’arrive-t-il aux familles monoparentales ou aux parents qui soutiennent leurs propres parents âgés ? Qu’en est-il des mères dont les conjoints ne sont pas prêts à faire leurs propres sacrifices ? Et si votre employeur ne croit pas que vous pouvez faire votre travail à distance si vos jeunes enfants sont à la maison ?

Pensez aux mères qui travaillent dans le secteur de la santé et des soins de longue durée, aux travailleurs essentiels, et désormais aux enseignantes et enseignants, dont le travail les expose à des centaines d’autres personnes. Ils doivent préparer et coordonner leurs familles en vue des conséquences possibles très réelles.

Le stress est cumulatif. Nous sommes exténués et épuisés. Nous crions « C’est insoutenable ! » à qui veut bien nous entendre.

L’incertitude perdurera, chaque jour, sans savoir si le lendemain nous devrons travailler tout en faisant l’école à la maison, en amusant nos enfants, en prenant soin d’eux et en les nourrissant, dès l’aube jusqu’à la tombée de la nuit, avec l’obligation de revêtir chaque rôle à chaque instant.

Il est impératif que : les conjoints assument leur juste part de la charge de travail qui vient avec les soins des enfants ; que les employeurs cessent de demander aux pères « votre femme ne s’occupe-t-elle pas des enfants ? » ; que les dirigeants d’entreprise appuient de nouvelles approches créatives en matière de gestion du personnel, de gestion des clients et de santé mentale ; que les femmes occupant des postes de direction apportent des changements partout au pays qui reflètent les réalités des femmes et des mères qui travaillent ; que des agents de changement valorisent les contributions des femmes et accordent la priorité au maintien de lieux de travail robustes et diversifiés. Il est impératif de econnaître que les femmes sont au cœur de nos économies et qu’elles sont donc essentielles à la reprise economique.

Depuis toujours, les mères ont dû savoir s’adapter à toutes les circonstances. Nous nous étirons dans tous les sens pour que tout vienne à point. Mais nous avons aussi besoin que les pères, les dirigeants, les PDG, les politiciens, bref, tout le monde, s’étirent dans tous les sens avec nous. Notre reprise, soit la reprise des femmes sur le marché du travail et de l’économie en général, en dépend.